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Se coucher moins bête : L’océan n’est pas un monde silencieux !

Par Nicolas B , le juin 20, 2022 , mis à jour le juin 20, 2022 — buzz, news, science, se coucher moins bête, viral - 6 minutes de lecture
Se coucher moins bête : L’océan n’est pas un monde silencieux

par Thomas Uboldi, Université du Québec à Rimouski (UQAR)

Pendant longtemps, les grands explorateurs de la mer ont utilisé leur regard pour dévoiler les secrets du milieu marin, sous-estimant son aspect sonore. En effet, l’océan a été longtemps considéré comme une planète privée de toute sonorité.

Cette croyance naît lorsque le commandant Jacques-Yves Cousteau et ses compagnons réalisent l’un des plus remarquables longs métrages sur l’environnement marin, intitulé « Le Monde du silence ». En effet, les plongeurs ont souvent l’impression d’aller à la rencontre d’un univers calme et assourdi, où les principaux moyens de communication entre les animaux sont déterminés à travers l’image et la chimie. Or, aujourd’hui, de nombreuses études soulignent l’importance du facteur sonore pour une multitude d’espèces marines. Notamment, les cétacés sont reconnus par le grand public pour être d’excellents orateurs des océans, pouvant communiquer à plus de 2 000 km de distance.

Bande-annonce du documentaire sur la vie et l’œuvre de l’explorateur Jacques-Yves Cousteau.

Alors, est-ce possible que même les plus petits animaux habitant le fond de la mer, qui jouent un rôle fondamental dans le maintien des équilibres des écosystèmes, puissent communiquer entre eux à travers le son ?

Je tenterai de répondre à cette question dans le cadre de mes études doctorales à l’UQAR. L’objectif de notre équipe de recherche sera de déterminer si la pollution sonore a des effets importants sur le comportement et la communication des animaux marins.

Le son est essentiel à la vie des animaux marins

Des études récentes démontrent que le paysage sonore et les sons émis par les animaux eux-mêmes jouent un rôle important dans la régulation de différents aspects de la vie des invertébrés (animaux dépourvus de squelette interne) marins. Dès leur plus jeune âge, les minuscules larves flottantes de moules, pétoncles et huîtres semblent influencées par le bruit présent dans l’environnement qui les entoure. Contre toute attente, il semblerait en effet que ces larves soient attirées par les bruits ! Ainsi, on constate par exemple que les larves d’huîtres sont plus susceptibles de s’installer dans un environnement exposé au son produit par leurs congénères. Cela représenterait pour elles un excellent indice d’un lieu propice à la vie.

Le son demeure également un aspect fondamental pour la survie des animaux à l’âge adulte. Et aussi pour leur reproduction ! Certaines espèces de mollusques pourraient en effet percevoir le paysage acoustique qui les entoure afin de synchroniser leur fraie saisonnière, et ainsi accroître les chances de fécondation. Chez les crustacés, des études suggèrent que les individus mâles de homard européen produisent des sons bourdonnants lors de rencontres compétitives. Ce son est produit grâce aux vibrations de la carapace et est caractérisé par de très basses fréquences (100 Hz), qui sont censées repousser les compétiteurs. Cette stratégie de communication est adoptée par différentes espèces marines et terrestres afin d’annoncer leur présence à leurs adversaires. Ainsi, l’objectif des protagonistes est d’éviter tant que possible les affrontements physiques qui pourraient se révéler très coûteux et dommageables pour les deux parties.

Les homards émettent des sons bourdonnants afin d’éviter les affrontements physiques avec des compétiteurs potentiels
Les homards émettent des sons bourdonnants afin d’éviter les affrontements physiques avec des compétiteurs potentiels.

Les sons peuvent être aussi utilisés par les invertébrés marins pour communiquer à leurs congénères la présence d’un danger, comme l’arrivée d’un prédateur. Il est alors possible que le claquement des valves d’un pétoncle en fuite, ou alors le battement rythmique contre le fond de la coquille d’une limace de mer, représentent un signal d’avertissement pour les autres individus de la population. Aussi, les attaques de poulpe sembleraient provoquer une réponse défensive de la part de la langouste, qui tenterait de décourager l’agresseur en émettant des bruits intimidants.

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La pollution sonore des océans : un enjeu de taille

L’eau représente un excellent milieu pour la propagation sonore, bien meilleur que l’air. C’est pour cette raison qu’il est réaliste de penser qu’une grande majorité d’animaux marins obéissent aux signaux sonores. Jusqu’à présent, ce phénomène a été largement négligé, en grande partie parce que la sonorité des océans reste inaudible à nos oreilles. Or, il serait possible pour « l’oreille » d’un crabe de percevoir les fonds marins comme une longue succession de sons et de bruits différents.

De nombreuses questions demeurent encore sans réponse pour le moment, mais les progrès technologiques de l’ère moderne nous permettent de contourner de nombreuses contraintes en nous faisant découvrir d’autres merveilles que l’océan gardait encore secrètes.

Une chose reste certaine : récemment, les activités humaines ont introduit dans le milieu marin une série de nuisances sonores auxquelles les organismes doivent s’adapter. La construction de nouvelles infrastructures et le transport de marchandises sont des sources de pollution toujours plus courantes dans nos mers. Autour du Grand Nord, l’ouverture de nouvelles routes commerciales à la suite de la fonte des glaces marines créera de nouveaux paysages acoustiques dont les effets sur la faune locale restent à vérifier.

Le transport de marchandises représente une source de pollution sonore pour la faune marine.
Le transport de marchandises représente une source de pollution sonore pour la faune marine.

Aujourd’hui les scientifiques ont déjà démontré que la dégradation sonore du milieu naturel peut avoir des répercussions imposantes sur la physiologie et le comportement animal. On observe que de nombreuses espèces sont extrêmement sensibles au bruit anthropique (d’origine humaine), car celui-ci couvre des fréquences facilement perceptibles par les invertébrés marins.

Sachant que le recours au son dans l’environnement marin est largement plus répandu que ce que l’on pensait dans le passé, il est essentiel de définir attentivement les conséquences d’une augmentation de la pollution sonore dans nos océans.

Ainsi, la gestion devra être adaptée pour limiter la propagation de bruits nuisibles à la vie, permettant aux nombreux habitants des océans de retrouver leur environnement sonore habituel.

Thomas Uboldi, Phd candidate in Oceanography, Université du Québec à Rimouski (UQAR)

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

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